Kabila va-t-il Utliser la Violence Ethnique pour Retarder les Elections?

Une femme passe devant un soldat des Nations Unies à Beni, en République démocratique du Congo, le 13 novembre. (John Wessels / AFP / Getty Images)

Pour autant que personne ne s'en souvienne, l'Ituri, la province du nord-est de la République démocratique du Congo, riche en minerais, a été ravagée par la violence intercommunautaire. Niché entre le Sud-Soudan et l’Ouganda, il a connu de nombreux conflits, notamment lors de la «grande guerre» qui a sévi dans la région entre 1997 et 2003, après l’invasion du Zaïre par le Rwanda et d’autres pays voisins. Quelque 5,4 millions de personnes sont mortes au cours de cette guerre. En Ituri même, environ 50 000 civils ont été tués et un autre demi-million de personnes ont été déplacées. Pas étonnant que la province soit souvent décrite comme le «coin le plus sanglant» du Congo.

Bien que la grande guerre ait officiellement pris fin en 2003, la violence de faible intensité s'est poursuivie depuis, faisant des centaines de victimes chaque année. Les escarmouches locales sont généralement liées à des conflits ethniques entre les Lendu, qui sont principalement des agriculteurs, et leurs archi-rivales, les Hema, qui sont des éleveurs de bétail. Ces groupes se sont affrontés à de nombreuses reprises, mais les habitants estiment que les politiciens et les élites du monde des affaires pourraient manipuler les tensions ethniques afin de perturber les élections présidentielles et de contrôler les gisements de minerais lucratifs.

Un cas d'espèce est survenu en décembre dernier, lorsque des combats généralisés ont à nouveau éclaté. Selon les observateurs, les violences semblaient venir de nulle part, semblaient relativement bien organisées et se propageaient à une vitesse incroyable. Selon des informateurs locaux, les problèmes ont commencé après que les forces armées congolaises et certains jeunes Hema aient harcelé un groupe d'adolescents Lendu juste au nord de Bunia, la capitale de la province. Des représailles violentes et des contre-attaques ont rapidement suivi. Lorsque la fumée s'est dissipée en mars de cette année, des dizaines de civils étaient morts, plus de 1 000 maisons avaient été incendiées dans 70 villages et plus de 42 000 habitants avaient fui en Ouganda pour trouver un lieu de refuge. On estime que 350 000 personnes de plus sont toujours déplacées en Ituri et dans les provinces voisines.

Peu après la fin du conflit, les forces armées congolaises ont lancé une série d'opérations militaires dénommées «Tunapenda Salama» ou «Nous voulons la paix» afin de pacifier la région. La milice Lendu, la Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI), avait pour cible particulière les forces armées congolaises et ougandaises. Le gouvernement a également pris des positions diplomatiques en avril pour promouvoir la paix entre les communautés Lendu et Hema. Celles-ci se sont déroulées parallèlement à des négociations à plus long terme entre le gouvernement et la FRPI en vue de désarmer, de démobiliser et, éventuellement, de réintégrer les combattants encore en poste dans la région.

Pourtant, ces pourparlers se heurtent à de nombreux obstacles. Notamment, l'intervention militaire en Ituri fait probablement partie d'un jeu de pouvoir complexe. Selon les autorités nationales, le gouvernement est déterminé à réduire la menace posée par les FRPI afin de pouvoir recentrer l'attention sur d'autres questions urgentes, notamment les conflits latents entre les communautés Lendu et Hema et le cocktail de groupes armés qui dévastent l'Ituri.

Cependant, selon le gouvernement local et les représentants des églises à Bunia, le gouvernement congolais cherche non seulement à éliminer les FRPI, mais également à semer le désordre dans le pays en prévision des élections nationales qui doivent avoir lieu le 23 décembre. Le président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, s’est montré réticent à quitter ses fonctions bien qu’il ait rempli autant de mandats que la constitution du pays le permet. Sous la pression internationale intense pour ne pas briguer un troisième mandat, Kabila a incité en août un loyaliste convaincu, l'ancien ministre de l'Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadary, à se porter candidat.

Un seul problème: l’Ituri et de larges espaces des provinces voisines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont des bastions de l’opposition. Selon un rapport du Congo Research Group de l’Université de New York, les commandants de l’armée utilisent depuis longtemps des groupes armés locaux comme ceux qui ont participé au bain de sang de cette année pour affaiblir les factions de l’opposition. En d'autres termes, la dernière flambée de violence aurait pu permettre à Kabila de se disperser et de distraire ses ennemis.

L'Ituri rappelle tragiquement à quel point il est difficile pour la communauté internationale de protéger les civils lorsque le gouvernement semble déterminé à faire le contraire. Les forces des Nations Unies présentes sur place, qui sont supposées soutenir les autorités nationales et locales, sont confrontées à un défi de taille. D'une part, ils doivent faire face à la rivalité des Lendu et des Hema s'ils veulent atteindre un minimum de stabilité. Ils doivent également trouver des moyens de naviguer dans pas moins de 70 groupes armés organisés, y compris le FRPI, dont beaucoup entretiennent des liens étroits avec les élites politiques de Bunia et de Kinshasa. Pour compliquer les choses, les Nations-Unies doivent faire et en même temps chercher à contenir la dixième épidémie d’Ebola en RDC en 40 ans.

Comme si cela n’était pas assez difficile, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a également chargé la MONUSCO de naviguer dans une soupe d’alphabets de groupes armés étrangers en Ituri et dans les provinces voisines. Parmi les plus connues, on trouve l’Armée de résistance du seigneur (LRA), basée en République centrafricaine. Et puis, il y a les combattants des Forces démocratiques alliées (ADF), également de l'Ouganda, et des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui comprennent certains vestiges du célèbre Interahamwe, qui a perpétré le génocide rwandais de 1994. Un grand nombre de ces groupes extraient activement des minerais locaux – Le Coltan, or et le Manganèse - illégalement pour financer leurs opérations à l'étranger. Pour eux aussi, la violence est une aubaine: dans le désordre, il y a un profit.

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