LU POUR VOUS: L’ex-gouverneur Moïse Katumbi fragilisé, par Colette Braeckman

Attentat manqué -- accident simulé -- contre Moise Katumbi

LUBUMBASHI

Il n’y a pas si longtemps, il drainait les foules, il était courtisé de tous. Aujourd’hui, lorsqu’il nous reçoit dans sa résidence de Lubumbashi, à côté d’un caïman grandeur nature taillé dans la malachite et tenant dans sa gueule un ballon de football, le patron du Tout Puissant Mazembe, le club de foot vedette du Congo, ressemble à un homme seul. Le corps douloureux, les gestes lents, son visage mince est planté sur une minerve. Les maux de tête dont il se plaint justifieraient une séance de résonnance magnétique ou un scanner, en Zambie ou en Europe. Mais pour l’instant, cet homme richissime, qui hier encore avait le monde à portée de mains, est bloqué à Lubumbashi, capitale d’un Katanga aujourd’hui divisé en quatre provinces. Son avion personnel n’ayant pas été autorisé à quitter le pays, c’est par route que Moïse Katumbi, s’il veut voyager, devra gagner la Zambie voisine. Un trajet qui, au vu de l’ « accident » de la semaine dernière, lui paraît désormais dangereux.

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Jeudi dernier en effet, la presse avait fait état de ce qui ressemblait à un banal accident de circulation : traversant la ville en pleine heure de pointe, vers 16 heures, la Mercedes blindée de l’ex-gouverneur avait heurté un minibus. De part et d’autre, on n’avait relevé que des blessures légères…Plus de peur que de mal…

Cependant, lorsqu’il récapitule les faits devant nous, Moïse Katumbi se pose des questions :

« alors que je venais de quitter mon domicile dans l’intention de me rendre au stade de football, je remarquai une voiture grise, qui stationnait dans les parages et se mit à me suivre. Elle ressemblait à un véhicule de l’ANR, (Agence nationale de renseignements, les services de sécurité congolais). Jusqu’au centre ville, cette voiture ne me lâcha plus. Soudain, alors que ma voiture, prioritaire, abordait un carrefour, un minibus vide jaillit à très vive allure d’une rue perpendiculaire. Etant installé à l’arrière, je n’avais pas attaché ma ceinture de sécurité et me retrouvai projeté vers l’avant, sans avoir le réflexe de me retenir car je pianotais sur mon portable. Bien que ma tête ait reçu un choc violent, je me suis précipité à l’extérieur pour éviter le pire.

En effet, la foule, après avoir immobilisé la voiture tamponneuse, se préparait à lyncher les deux occupants qui n’étaient que légèrement blessés malgré la violence du choc. Concluant à un simple accident de circulation, j’offris d’emmener les deux blessés à l’hôpital. Mais ils s’étaient écartés et je découvris qu’ils avaient déjà pris place dans la voiture qui me suivait…Depuis lors, les questions s’accumulent : pourquoi ce bus vide, à l’heure où tous les véhicules de la ville sont pleins à craquer ? Pourquoi les deux « chauffards » avaient ils si bien attaché leur ceinture de sécurité ? Ne communiquaient ils pas avec la voiture qui me suivait ? Finalement, je me suis demandé si je n’avais pas échappé à une opération de «cascadeurs », maquillé en banal accident de la route… »

Il y a longtemps que nous connaissons Moïse Katumbi, et cet homme d’affaires avisé, sportif et sûr de lui, est tout sauf paranoïaque. Mais depuis quelque temps, cet homme qui dérange semble inquiet, sinon affaibli. Il y a de quoi : alors que naguère le gouverneur du Katanga était un fidèle du chef de l’Etat Joseph Kabila, il compte aujourd’hui parmi ses adversaires les plus résolus, sinon parmi ses rivaux potentiels.

Tout a commencé en septembre 2015, lorsque, rentrant au pays après un long séjour en Europe au cours duquel il avait multiplié les contacts, Katumbi, s’adressant à la foule de ses partisans devant la grand poste de Lubumbashi, recourut à une métaphore sportive : « dans le match politique congolais, nous avons accepté les deux premiers penaltys, qui étaient douteux. Allons nous en accepter un troisième ? » Il s’agissait là d’une allusion claire aux deux scrutins de 2006 et 2011, contestés par l’opposition et qui avaient donné la victoire à Joseph Kabila, et aux incertitudes pesant sur les prochains élections, prévues en principe pour novembre prochain.

Aujourd’hui, l’homme qui pose toujours dans son salon à côté d’une grande photo du chef de l’Etat, tient des propos modérés, étrangement affectueux envers celui avec lequel il a rompu comme à regret. «Je n’ai rien contre Joseph Kabila, j’ai travaillé avec lui. Son bilan, c’est aussi le mien. Quant il est arrivé au pouvoir en 2001, je croyais en lui, nous avons travaillé au sein du même parti… Mais aujourd’hui, je plaide pour que le président soit poussé à accepter l’alternance. Il peut quitter le pouvoir pendant cinq ans, et se préparer à revenir ensuite. Comme il est jeune, l’avenir est devant lui. »

Sans préciser ses intentions réelles, Katumbi se limite à répéter que son combat actuel, c’est de faire respecter la Constitution que les Congolais ont ratifiée… »
Poussant sa logique jusqu’au bout, l’homme qui, en 2006 et 2011, avait permis à Kabila de remporter des scores massifs au Katanga, a rejoint aujourd’hui le « Front citoyen » composé d’adversaires au troisième mandat. Même si en Europe il a rencontré Etienne Tshisekedi, l’opposant historique, leader de l’UDPS,  il ne croit pas au dialogue entre le pouvoir et l’opposition, pour une raison simple : « nous devons apprendre à respecter notre constitution et surtout nos électeurs. Je vous rappelle que Joseph Kabila, devant Dieu et devant le peuple congolais, a prêté serment, jurant de respecter la constitution. Un tel engagement ne peut être renié. »

Aujourd’hui, Katumbi, comme bien d’autres qui ont quitté la majorité présidentielle, s’inquiète des dérives d’ un régime dont il fut l’un des piliers : « les assemblées provinciales sont suspendues, les commissaires spéciaux qui dirigent les nouvelles provinces n’ont aucune légalité, le pouvoir dédouble tous les partis : le Ministre de l’Intérieur vient de donner son agrément à un MSR bis (Mouvement social pour le renouveau) car les membres fondateurs de ce parti, qui fut l’un des piliers de la majorité présidentielle, s’étaient prononcés contre un troisième mandat… »

Même si sa popularité demeure intacte et dépasse les frontières du Katanga, à cause du football mais aussi à cause d’un vrai travail de reconstruction de la province du cuivre, l’ex-gouverneur paie, joue après jour, sa rupture avec le clan majoritaire : ses gardes du corps lui ont été retirés et sa sécurité n’est plus assurée, sa résidence est discrètement surveillée et Nyota télévision, une chaîne qui lui appartient, risque d‘être réduite au silence d’un jour à l’autre…

Par presse interposée, Moïse Katumbi semble vouloir s’adresser au président qui fut naguère son ami : « dites lui que le dialogue est une trahison, que ceux qui aujourd’hui le flattent et l’empêchent de céder la place sont ceux là même qui demain seront les premiers à l’abandonner. Dites lui qu’il faut pouvoir partir au bon moment.. Comment est-il possible qu’aujourd’hui soient qualifiés de traîtres ceux là même qui défendent le respect de la Constitution ? »

UN DEMENTI FORMEL ISSU DE L’ANR

“Ridicule… Ces allégations de l’ex gouverneur Katumbi sont absolument ridicules… Ce n’est pas avec de telles inventions que l’on démarre une éventuelle campagne électorale…” M. Kalev Mutomb, administrateur général de l’ANR, a tenu à démentir avec force les propos et les accusations formulées voici quelques jours par M. Katumbi, au lendemain de son accident de circulation survenu en plein centre de Lubumbashi. Evoquant es campagnes électorales précédentes, M. Kalev Mutomb rappelle que ” ses services ont toujours eu pour consigne et pour responsabilité de sécuriser tous les candidats aux élections.

En 2011 M. Tshsekedi n’a t il pas pu se déplacer à travers tout le pays, sans problème… A ce stade ci, pourquoi donc M. Katumbi devrait il être inquiété? Je le dis et le redis: de telles allégations sont ridicules et ne méritent pas d’être répercutées .”

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