Opinion: Théories politiques sur la tension politique, l'intrigue et le complot au Congo, par Ambassadeur Herman Cohen

President Jacob Zuma and President Joseph Kabila Kabange holding talks at the Presidential Palace in Kinshasa, during President Zuma's working visit to the Democratic Republic of Congo (DRC). 15/10/2017, Elmond Jiyane, GCIS

La communauté internationale suit de très près l'évolution de la situation en RDC. Le flux continu de réfugiés congolais à travers les frontières de l’EST et SUD-EST et le nombre croissant de personnes déplacées qui fuient le conflit armé ne donnent pas d'optimisme.

L'administration Kabila continue d'insister sur le fait que la RDC organisera les élections le 23 décembre 2018. Même si nous devons prendre le régime au mot — les promesses électorales passées n'ont pas été réalisé — car il y a une myriade de raisons de croire que Kabila ne va vraiment pas renoncer au pouvoir. Et à l'approche de cette date, les cercles politiques regorgent de scénarios hypothétiques sur la manière dont le président Joseph Kabila pourrait encore trouver un moyen de contourner la limite de deux mandats prévue par la Constitution.

Pour résumer, le péché originel du régime était son échec à organiser les élections à la fin de l'année 2016 tel que prescrit par la constitution de la nation. Cela avait été précédé, une année plus tôt, par une suggestion du régime selon laquelle un référendum était envisagé pour éliminer la limite de deux mandats de Kabila, comme au Congo-Brazzaville voisin et au Rwanda — une proposition qui avait suscité un ressentiment public considérable. Kabila avait également échoué à tenir des élections avant la fin de 2017 selon un accord conclu avec les dirigeants catholiques du pays. À ce stade, il y a peu de raisons de croire qu'une transition démocratique substantielle se profile à l'horizon.

D'emblée, il convient de noter  que le président Kabila n'a jamais personnellement déclaré qu'il ne serait pas candidat aux prochaines élections. Il avait effleuré la question lors d'une conférence de presse en mars 2018 en réponse à une question d'une journaliste: "Monsieur le Président, prévoyez-vous d'être candidat aux prochaines élections?" Le président Kabila repondit: "Dites à [cette dame] de lire la constitution."  Il n'avait pas dit "NON".

Voici quelques-uns des scénarios de conspiration en cours de discussion.

1. Le deuxième mandat de Kabila n'est vraiment que son premier mandat.

En juin 2018, les candidats potentiels seront tenus d'annoncer leur intention de se présenter et de présenter une demande d'éligibilité auprès de la commission électorale nationale (CENI). Dans ce scénario, le Parti de la majorité présidentielle (PPRD) désignera Joseph Kabila comme candidat. Compte tenu de la limite constitutionnelle de deux mandats, la CENI soumettra la candidature proposée à la Cour constitutionnelle. Le tribunal jugera alors que le mandat actuel de Kabila n'est que le premier, grâce à un amendement constitutionnel de 2012 qui avait supprimé les élections à deux tours en faveur d'une simple majorité qui a "en effet" créé une nouvelle constitution. Par conséquent, le président Kabila achève son premier mandat en vertu de la «nouvelle constitution» et est admissible à se présenter pour son «deuxième» mandat.

2. Le «successeur désigné» de Kabila sera dirigé, et il changera la constitution après son entrée en fonction.



Le successeur trié sur le volet de Kabila remporte l'élection, et Kabila passe au sénat en tant que Sénateur à vie. Après un bref intervalle, un référendum sera organisé pour amender la constitution afin de changer la méthode d'élection du président. Au lieu d'être élu par un vote populaire, le président sera élu par le parlement, comme en Afrique du Sud et en Angola. Après que ce changement constitutionnel aura été accompli, le parlement procédera à l'élection de Kabila à la présidence.

3. Kabila devient président du Sénat, suivi par sa prise de la magistrature suprême après la démission de son successeur.

Le successeur désigné du président Kabila est élu. Après un bref intervalle, le nouveau président démissionne. Selon la constitution, le président du sénat (Kabila) devient président par intérim avec l'obligation de tenir de nouvelles élections dans les 60 jours. Kabila est nommé candidat majoritaire et est élu.

4. L'élection actuellement prévue pour le 23 décembre 2018 est encore retardée en raison «d’insuffisance de fonds» ou de l’inhabilité de compléter les préparatifs.

Il y a un certain nombre de variations sur ces scénarios. Le résultat net, est que le peuple congolais est sceptique quant à la tenue d'élections libres et justes le 23 décembre [2018], et les observateurs étrangers sont d'accord.

La communauté internationale, en particulier l'Union Africaine et la Communauté de Développement de l'Afrique Australe (SADC), surveille de très près l'évolution de la situation en RDC. Le flux continu de réfugiés congolais à travers les frontières EST et SUD-EST et le nombre croissant de déplacées internes qui fuient le conflit armé ne donnent pas une raison d'optimisme.

Kabila doit déclarer haut et fort qu'en aucun cas il ne tentera de se succéder comme président de la RDC après le 23 décembre 2018. Jusqu'à ce que cela se produise, les perspectives pour la démocratie en RDC — une nation assiégée depuis trop longtemps par les dictateurs et les puissances impériales — est sombre. DM

L'Ambassadeur Herman J. 'Hank' Cohen est l'ancien Sous-Secrétaire d'Etat américain aux affaires africaines

 

 

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