Pourquoi les perdants des élections présidentielles africaines doivent-ils être plus stratégiques

Martin Fayulu

Nous avons choisi comme thème ce week de ne parler que de stratégie, car l’opposition en RD Congo est en débandade et pense que la tactique peut remporter une grande victoire. Dans une lettre ouverte que nous avions adressée au soldat du peuple Martin Fayulu au 17-03-2019, nous avions indiqué que sa grande erreur était de négliger les conseils d’un de leurs partenaires de la coalition LUMUKA qui leur avait conseillé de ne pas introduire un recours auprès de la Cour Constitutionnelle acquise totalement à Joseph Kabila. Il aurait dû accepter la stratégie de la rue préconisée par un de ses partenaires ainsi, il aurait été au mieux dans la situation du Soudan et au pire celle du Venezuela, mais hélas ! Comme résultat de chercher la droiture dans un cafouillage criant, la démobilisation de la Communauté Internationale dont les militaires étaient sur le fleuve Congo attendant la moindre oppression de Joseph Kabila.

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"Si vous voulez prendre l'île, brûlez les bateaux!", Tsun Tzu

S’il avait suivi la stratégie du grand stratège chinois qui dit "Si vous voulez prendre l'île, brûlez les bateaux!" il serait logé aujourd’hui au Palais de la nation. Comme nous allons le montrer plus bas, il n’est malheureusement pas le seul candidat présidentiel africain qui n’a pas mis le temps nécessaire pour développer une stratégie pour récupérer sa victoire volée.

La brillante stratégie de Tsun Tzu avait été mise en application par Jules César, l'empereur romain qui a conquis l'Angleterre il y a 2000 ans par bateau. Après avoir atterri sur la côte, ses soldats ont vite compris qu’ils étaient de loin plus nombreux que les Celtes et que la peur a commencé à se répandre. Au lieu de se préparer au combat, César trouva ses soldats en train de préparer les navires pour une retraite rapide et facile.

Le brillant général qu'il était, César savait que, dans l'état dans lequel se trouvaient ses hommes, la bataille était déjà perdue. Mais au lieu de rejoindre les rangs des hommes craintifs, César décida de faire autre chose: il brûla les bateaux, et par conséquent tout espoir de quitter jamais l'île à moins de conquérir tout le pays. Cela envoya un message puissant à la fois à son armée et à ses ennemis. À partir du moment où il mit le feu aux bateaux, tout le monde savait qu'il n'y avait qu'un seul résultat: se battre jusqu'à la mort. La seule façon pour les Romains de vivre était de gagner la bataille. César gagna donc l'engagement à 100% de ses camarades soldats.

Que serait-il passé si Martin Fayulu s’était rendu à Lubumbushi et s’autoproclamer président ? Il y aurait eu une flambée instantanée de prix du Cobalt, privant le gouvernement centrale des revenues du cuivre et cobalt et la pression internationale aurait forcé l’administration de Trump de faire pression sur Joseph Kabila de quitter. Avait-il compris la stratégie de son partenaire ?  Apparemment NON ! Est-ce trop tard ? Affirmatif !

Comme l’a si bien analysé Patrick Hajayandi dans les paragraphes qui suivent,

une nouvelle stratégie des chefs de partis d’opposition en Afrique qui ont perdu les élections est en train d’émerger.

[ Aucune stratégie ! ]

Ils contestent les résultats et exigent la tenue de nouvelles élections ou lancent un processus de partage du pouvoir avec les partis perdants. Mais leurs succès ont été limités et leurs actions tendent à provoquer des renversements démocratiques.

Un regard sur les dernières élections montre clairement cette tendance

Dans une interview accordée à une chaîne de télévision française, Martin Fayulu, candidat à la présidentielle aux élections en République démocratique du Congo (RDC) du 30 décembre 2018, s’est déclaré prêt à appeler les citoyens de la RDC à participer à un soulèvement après que Felix Tshisekedi ait été proclame vainqueur.

L’élection de Tshisekedi a été une surprise pour la plupart des observateurs, qui anticipaient une victoire écrasante pour la coalition au pouvoir, le Front commun pour le Congo (FCC).

Les résultats annoncés par la commission électorale ont montré que Tshisekedi, du parti Union pour la démocratie et le progrès social, avait remporté les élections avec 38,57 % des suffrages, Fayulu, du parti Engagement pour la citoyenneté et le développement (34,80 %)) et Emmanuel Ramazani Shadary, candidat à la FCC, est arrivé en troisième position (23,80 %).

La Cour constitutionnelle a confirmé la victoire de Tshisekedi le 20 janvier.

Les rapports contradictoires la CENCO ont mis en doute les résultats annoncés par la commission électorale et semblaient indiquer une victoire pour Fayulu avec 68 % des voix. Cet endossement enhardit Fayulu. Il s’est lancé dans une campagne demandant à la commission électorale de recompter les votes ou d’annuler les élections.

Les actions de Fayulu sont similaires à celles des leaders de l’opposition lors d’autres élections en Afrique. Par exemple, lors des élections au Kenya en 2017, la victoire d’Uhuru Kenyatta a été contestée par son rival Raila Odinga.

De manière tout à fait inattendue, la Cour suprême a décidé d’annuler les résultats à la suite de revendications d’un processus électoral truqué et irrégulier. Une nouvelle élection a été dûment programmée 60 jours plus tard. Mais Odinga a appelé au boycott des élections et a refusé de participer, accusant la commission électorale de ne pas être impartiale.

Odinga a appelé à des manifestations et a reçu un fort soutien dans son fief de Kisumu. À un moment donné, les manifestations ont menacé de diviser le Kenya en enclaves ethniques et d’accroître l’instabilité, ce qui affectait l’économie.

Malgré le boycott et les manifestations, Odinga n’est pas monté à la présidence.

Le deuxième exemple est celui des élections au Zimbabwe. En juillet dernier, le porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a annoncé, devant la commission électorale, que le candidat de l’opposition, Nelson Chamisa, était le vainqueur incontesté.

Lorsque la commission électorale a annoncé qu’Emmerson Mnangagwa avait remporté les élections, les rues de Harare étaient inondées de manifestants, dont des sympathisants du MDC, qui ont dénoncé le truquage du vote. Plusieurs manifestants ont été tués dans des affrontements avec la police.

Chamisa n’a pas non plus changé le cours des événements pour devenir président.

Ces quelques exemples montrent une tendance récurrente et une tendance des candidats à annoncer leurs propres résultats avant la commission électorale ou à contester le résultat. Ces actions peuvent avoir des conséquences d’une grande portée qui affectent la sécurité et perturbent la vie sociale.

Un autre problème concerne l’attention portée au siège présidentiel et la négligence d’autres leviers de pouvoir tels que le contrôle du Parlement et de l’administration locale au niveau des provinces et des districts.

Les partis d’opposition ne font pas assez d’efforts pour obtenir un nombre important de sièges au Parlement pour leur donner le pouvoir législatif. En conséquence, les partis au pouvoir ou gagnants se retrouvent dans une position dans laquelle ils contrôlent à la fois les pouvoirs exécutif et législatif. Cela a un effet négatif, car il a tendance à provoquer des renversements démocratiques, conduisant à l’émergence de systèmes autocratiques dans lesquels un seul parti domine et tente souvent de fermer davantage l’espace politique. Ces dynamiques affaiblissent les fondements démocratiques des sociétés africaines.

L’accent mis sur les problèmes créés par les défis électoraux ne signifie pas que les partis en lice n’ont aucune raison légitime de prendre de telles mesures. L’idée est plutôt de pousser les parties en conflit à élaborer des stratégies judicieuses et à évaluer en cours de route les résultats qu’elles peuvent obtenir. S’il n’est pas possible d’inverser le cours du contexte postélectoral, de nouvelles mesures doivent être prises afin que le parti en opposition soit mieux placé pour défendre ses intérêts et ceux du pays. De telles mesures devraient également être prises lorsqu’un repositionnement en vue d’une future bataille électorale reste possible.

Au cours des deux dernières décennies, la RDC a été en proie à la violence et à l’instabilité, en particulier dans les provinces de l’est. Une prolifération de groupes armés a empêché tout progrès réel en termes de stabilité et de reprise économique.

La population congolaise attendait la démission de Joseph Kabila. L’élection de Tshisekedi en tant que nouveau président a ravivé l’espoir d’un processus de consolidation de la paix renouvelée parmi les Congolais dans les régions touchées par la guerre.

La crainte d’une nouvelle instabilité, avec des retombées sur les pays voisins, a poussé les faiseurs de roi régionaux à approuver le choix de Tshisekedi, en dépit des doutes persistants sur la régularité des élections et des revendications d’un accord secret conclu entre le président sortant Kabila et le nouveau président Tshisekedi.

Les questions suivantes se posent : quelles options reste-t-il pour Fayulu ? Quels résultats peut-il obtenir grâce à sa campagne pour la vérité de l’urne ? Son appel à un soulèvement populaire aidera-t-il à résoudre la myriade de problèmes auxquels le pays est confronté ? Devrait-il accepter la défaite qu’il juge injustifiée ? Fayulu doit décider s’il peut poursuivre sa campagne ou adopter une nouvelle stratégie avant les élections de 2023.

La contestation électorale en cours en RDC et d’autres cas similaires sur le continent montrent à quel point la consolidation de la démocratie reste difficile à atteindre dans plusieurs pays africains. En fait, les renversements démocratiques semblent être en augmentation. La raison principale en est que la plupart des politiciens ne sont pas des démocrates convaincus. Ce problème souligne également la nécessité pour les élites politiques africaines de désapprendre des pratiques contraires à la démocratie et contraires aux meilleurs intérêts des citoyens de leurs pays respectifs.

Les paragraphes ci-haut de Patrick Hajayandi montrent que Martin Fayulu n’était pas préparer a brulé les bateaux pour arracher la victoire qui lui avait été vole. Au fur et à mesure que le temps passe, le fer se refroidi et Felix Tshisekedi s’affermi dans sa position.  Par ailleurs, le cout pour restaurer sa victoire devient de plus en plus élevé. Que va-t-il faire ?

Patrick Hajayandi est chef de projet à l’Institut pour la justice et la réconciliation au Cap.

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