RDC: Moïse Katumbi, «la plus grande armée du monde, c'est le peuple», Par Christophe Boisbouvier

Moise Katumbi

Au Congo-Kinshasa, le président Kabila n’a pas le droit de se présenter à la présidentielle de novembre prochain, mais beaucoup se demandent si l’élection aura bien lieu. Du coup, l’opposition se mobilise. Lundi dernier, Etienne Tshisekedi et Moïse Katumbi se sont rencontrés pendant plus de deux heures à Bruxelles. Que se sont-ils dit ? L’ancien gouverneur du Katanga, qui a démissionné il y a six mois avec fracas, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : La présidentielle est prévue en novembre prochain. Mais de plus en plus d’observateurs craignent que les délais ne soient pas respectés. Est-ce que vous partagez cette inquiétude ou pas ?

Moïse Katumbi : Vous savez, pour moi, je suis optimiste. Nous allons avoir les élections dans les délais constitutionnels. Selon notre Constitution, le président sortant n’a pas le droit de se représenter. Donc au mois de décembre, le 19 décembre 2016, il y aura un autre président de la République.

Si les autorités annoncent dans les prochaines semaines ou prochains mois que l’élection doit être reportée, qu’allez-vous faire ?

Vous savez, d’abord le peuple ne sera pas d’accord parce que le mandat du président de la République, c’est un mandat du peuple congolais. Et même la majorité présidentielle est d’accord avec moi sur ce point : le président de la République n’a pas le droit d’avoir un troisième mandat ou une prolongation.

Mais concrètement, que ferez-vous à ce moment-là ?

Nous sommes en pourparlers avec le Front citoyen, avec toutes les forces vives pour que nous puissions commencer à avoir des marches pacifiques au mois de juillet. Pourquoi au mois de juillet ? Parce que ça sera les vacances de nos enfants. Nous, nous ne voulons pas, à cause de la politique que nos enfants puissent rater l’année 2016.

Il y a quinze mois, il y a déjà eu des manifestations de l’opposition, notamment à Kinshasa et Goma. Ça s’est mal terminé, il y a eu plusieurs dizaines de morts à la suite de la répression policière. Ne craignez-vous pas un nouveau drame ?

Le pouvoir vient du peuple congolais. Et la plus grande armée dans le monde, c’est le peuple. Et chez nous, aujourd’hui ce qui se passe chez nous, je ne suis pas d’accord avec la façon d’intimider les gens, de tuer, d’arrêter les gens arbitrairement. Je donne un conseil au gouvernement congolais de revenir à la raison et que la police puisse faire son travail et non pas le travail d’intimider la population, ou d’acheter des chars de combat, d’amener des chars de combat dans des provinces où il n’y a même pas la guerre. Chez nous aujourd’hui, , il y a plusieurs chars de combat qui arrivent.

Donc pour vous, il y a de l’intimidation ?

Nous n’allons pas reculer à cause de cette intimidation. Nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout.

Le pouvoir propose un dialogue national pour mieux préparer les élections à venir. A priori, vous le refusez. Pourquoi ?

Vous savez, c’est une distraction. Il faut qu’on aille à l’essentiel. Nous devons savoir que déjà le calendrier électoral est dans notre Constitution. Donc pour moi, ce dialogue-là, si on nous dit que sur la feuille de route 'on va respecter les délais constitutionnels’, nous allons accepter de faire notre tripartite. A ce moment-là, il n’y aurait plus de problème, il n’y aurait plus de tension.

C’est-à-dire que, si demain le pouvoir annonce qu’il va respecter le calendrier électoral, à ce moment-là vous êtes d’accord pour un dialogue tripartite pouvoir-opposition-médiateur international ?

Si le pouvoir dit oui, parce qu’il est obligé de dire oui, nous allons accepter la tripartite pour que nous puissions organiser les élections. Nous ne voulons pas le désordre dans notre pays. Et je voudrais aussi saluer la France, qui est allée faire une proposition sur vous savez qu’il y a eu des avancées significatives - pour que nous puissions aller aux élections au mois de novembre en respectant les délais constitutionnels.

Le 30 mars, la coalition des opposants du G7 vous a demandé de vous présenter à la présidentielle en son nom parce que, à son avis, vous avez bien géré votre province du Katanga de 2007 à 2015 et parce que vous avez le profil idéal. C’est plutôt flatteur non ?

et je suis ici [en Europe] moi-même en consultation avec les autres forces vives de la Nation, et d’autres partis politiques d’opposition. Je viens de voir le président Tshisekedi pour que nous puissions avoir un candidat commun pour les élections de novembre 2016. Et après ma consultation ici en Europe avec les autres forces vives, je vais rentrer le plus vite possible au pays et donner la réponse officiellement au G7 sur le contenu de ma consultation en Europe.

Donc pour l’instant vous ne répondez pas à l’offre du G7, parce que vous voulez encore consulter et réfléchir. C’est dans ce sens que vous avez rencontré Etienne Tshisekedi, le 4 avril à Bruxelles [âgé de 82 ans, Etienne Tshisekedi avait été victime d’un AVC et hospitalisé en 2014]. Première question : comment va-t-il ?

Le président Tshisekedi va très bien. Nous sommes restés plus ou moins pendant deux heures et demie. Donc le président Tshisekedi se porte bien.

Il suivait bien les débats ?

Il suivait très bien les débats pendant les deux heures et demie et il intervenait aussi dans les débats.

Et il marche tout seul ?

Le président Tshisekedi marche tout seul. Il est très bien portant.

Mais alors du coup, quelle est votre stratégie : rassembler le maximum de forces politiques derrière vous pour que vous soyez désigné candidat commun de l’opposition pour novembre prochain ?

Vous savez que je suis en train de consulter tout le monde pour que nous puissions avoir un candidat commun.

Ce candidat commun, ça pourrait être quelqu’un d’autre ? Ça pourrait être Vital Kamerhe [Union pour la nation congolaise (UNC)] par exemple ?

Nous allons respecter nos consultations. Le candidat commun, ça peut être le président Tshisekedi, ça peut être Vital Kamerhe, ça peut-être quelqu’un d’autre.

Et ça peut être vous ?

Ça peut être aussi Moïse Katumbi. Ça dépendra de nos consultations.

D’ici combien de temps on sera fixé ?

C’est pour bientôt.

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire peut-être d’ici deux, trois semaines maximum.

Beaucoup disent que Moïse Katumbi est un ingrat parce qu’en 2007, quand il a été élu gouverneur de la province du Katanga, c’était avec le soutien de Joseph Kabila, et sans le président il ne serait jamais devenu gouverneur.

Vous savez, si on dit : 'parce qu’on défend la Constitution, c’est ça trahir', je ne crois pas. Les gens qui sont en train de dire : ‘faisons des manœuvres pour aller violer la Constitution’, ce sont ces gens que j’appelle des ingrats ou des traîtres.

 

 

 

 

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