Agro-colonialisme et l’accaparement de terres au Congo, par GRAIN, Global Research

Plusieurs institutions de financement du développement (IFD) éminentes, financent Feronia Inc., une société agroalimentaire Canadien accusée d’accaparement des terres et violations des droits de l’homme en République démocratique du Congo (RDC).

Les dirigeants de communautés vivant dans les 100 000 hectares couverts par les zones de concession de palmiers à huile de Feronia Inc. disent que la terre a été accaparée d’eux illégalement et que jamais ils ne donnèrent leur consentement pour Feronia à y opérer. Feronia viole les politiques de IFD qui empêchent les entreprises dans lesquelles ils investissent d’opérer sur des terres qui ont été acquises sans le consentement de communautés locales libre et préalablement informer.

Feronia Inc. exploite les plantations et une ferme de céréale à grande échelle étendue sur 120 000 hectares de terres en RDC. Ses concessions de palmiers à huile ont été acquises auprès de la société alimentaire transnationale Unilever en 2009.

La société est à plus de 80 pour cent détenue par le Groupe CDC de Grande-Bretagne et un certain nombre d’autres IFD — y compris l’Agence Française de Développement (AFD) et l’Overseas Private Investment Corporation du gouvernement américain (OPIC) — grâce à leur Fonds d’investissement dans l’Agriculture Africaine (FAA) basée dans l’île Maurice.

Les IFDs ont un mandat de soutenir la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement et ils doivent fonctionner conformément aux politiques strictes qui les empêchent d’investir dans les entreprises qui saisissent la terre, violent les droits du travail ou se livrent à des pratiques de corruption. Un nouveau rapport, basé sur les dossiers de l’entreprise et les témoignages des communautés affectées, montre comment Feronia Inc. est en violation flagrante des politiques d’actionnaires de ses IFDs.

« Nous exigeons, d’abord et avant tout, le début des négociations pour récupérer nos droits sur les terres qui ont été prises illégalement de nous », lit une déclaration remise au RIAO-RDC et l’organisation internationale GRAIN le 8 mars 2015, en plus de 60 chefs coutumiers et autres dirigeants communautaires de partout dans le district de Yahuma, où 90 pour cent des plantations de palmiers à huile Lokutu de Feronia sont localisées.

Les dirigeants communautaires interviewés par RIAO-RDC et GRAIN à Lokutu ont également parlé d’un système brutal de l’exploitation du travail et le harcèlement de la communauté qui viole clairement les politiques de la IFD sur les droits du travail et des lois nationales du travail.

Pour recevoir le salaire d’une journée, les travailleurs sur les plantations Lokutu de Feronia disent qu’ils doivent accomplir des tâches qui sont impossibles à accomplir en une journée de travail. Bien que les administrateurs de la société soient largement rémunérés, les travailleurs de plantations et des pépinières disent que d’ici la fin du mois, ils avaient gagné environ 1,50 $ par jour, bien en dessous du salaire minimum déjà trop bas de la RDC.

« Nous avons calculé que, en 2010, les meilleurs administrateurs de Feronia étaient payés 1.000 fois le salaire annuel moyen des travailleurs des plantations de l’entreprise », explique Ange David Baimey de GRAIN.

Un des directeurs de Feronia qui a le plus profité de la société est Barnabé Kikaya bin Karubi, [ancien] ambassadeur de la RDC au Royaume-Uni depuis Août 2008 et avant cela, secrétaire privé du président Joseph Kabila et ministre de l’Information.

Les enquêtes menées par GRAIN et RIAO-RDC dans les registres de la société de Feronia montrent que Kikaya a été payé un total de près de 3 millions de dollars en actions au cours de son temps en tant que directeur de l’entreprise de 2009-2014. La plupart de l’argent était versé comme « frais de location » entre $ 120,000 — $ 150,000 par an pour sa résidence à Kinshasa et à travers un rachat de sa participation [actions] dans les îles Caïmans dans le holding de Feronia. Les politiques anticorruption des actionneurs de IFDI de Feronia sont censés prévenir de tels paiements à des hommes politiques influents.

Les dirigeants communautaires de Lokutu ont également dit a GRAIN et RIAO-RDC que Feronia empêche les populations locales l’élevage ou l’agriculture au sein de la concession de l’entreprise, même sur les terres que la compagnie a abandonnées. Les membres de la communauté capturés par les gardes de la compagnie transportant quelques noix tombées des palmiers à huile payent une amende ou, dans de nombreux cas, sont fouettés, mains menottées et emmenées à la prison la plus proche.

« Les dirigeants de la Communauté des zones où Feronia a ses plantations en ont assez de cette société », explique Jean-François Mombia Atuku de RIAO-RDC. « Ils veulent que Feronia leur retourne leurs terres, afin qu’ils puissent à nouveau bénéficier de l’utilisation de leurs forêts et de leurs fermes. »

« Le CDC et les autres IFDs qui sont propriétaires de Feronia doivent prendre la bonne décision : retourner au peuple de la RDC leurs terres accaparées et de les indemniser pour les années de souffrance qu’ils ont endurée », explique Graciela Romero Vasquez de l’organisation War on Want, basée à Londres.

Le rapport, « Agro-colonialism in the Congo : European and US development finance bankrolls a new round of colonialism in the DRC", est rédigé par GRAIN et RIAO-RDC en collaboration avec Fundación Mundubat, War on Want, Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique, World Rainforest Movement, Food First, SOS Faim, and CIDSE

Les investisseurs IFDs dans le Fonds pour l’agriculture africaine comprennent :

 Agence française de développement (AFD)/Proparco (FISEA), $ 30 M + 10 M$ = 40 millions $
 Overseas Private Investment Corporation (OPIC), $ 100 millions
 Agence Espagnole de Coopération Internationale au Développement (AECID) $ 40 millions
 Banque Africaine de Développement (BAD), $ 40 millions
 Commission européenne (CE), $12 millions *
 Banque de développement d’Afrique Australe (DBSA) (montant non connu)
 Banque ouest-africaine de développement (BOAD) (montant non connu)
 Banquee d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC) (montant non connu)

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